C’était il y a quelques semaines. J’étais en deuil depuis quelques heures et face à plusieurs défis. Mon cerveau était en mode « survie », mon corps et mon esprit en état de paralysie.

Le téléphone sonne. Je décroche, juste pour dire à la personne que je la rappellerai quelques jours plus tard, car je ne suis pas du tout en état de parler. Mais celle-ci est dans un tel état de frustration qu’elle n’entend rien. Elle me déballe tout son petit paquet. N’ayant aucune ressource à ce moment-là pour faire face à son émotion, ça me percute de plein fouet. Je balbutie, j’ai la voix qui tremble. J’ai beau essayer de trouver les mots, rien ne vient, si ce n’est « Je n’ai vraiment pas la capacité de parler maintenant, peut-on s’appeler dans quelques jours stp ? ».

Il faut que je le lui répète 4 fois avant qu’elle ne puisse l’entendre et surtout l’accepter. Pourquoi ? Parce qu’elle aussi est en mode « survie ».

Ce qui est le cas d’une grande partie d’entre-nous aujourd’hui…

Le mode « survie », c’est le mode déclenché par notre système nerveux lorsqu’il est face à une (potentielle) menace.

Plusieurs choses se passent là ce moment-là : nos capacités cognitives diminuent (on a du mal à réfléchir, à avoir les idées claires, à voir les solutions créatives…) ; des émotions désagréables font surface (colère, peur, tristesse, dégoût…) ; notre vision rétrécit – littéralement – car elle se focalise sur la « menace » à laquelle nous faisons face ; on est alors, aussi, totalement centré sur soi et sa propre survie… et notre système nerveux active des comportements d’attaque, de fuite ou de paralysie, selon la situation et nos conditionnements passés, grâce à un petit cocktail hormonal bien épicé. Des comportements automatiques et la grande majorité du temps, totalement inconscients.

Dans le cas de cette personne, la menace était une situation qui nous engageait toutes les deux et dont j’étais l’initiatrice. Une situation qui finalement ne lui convenait pas, mais ça, je ne le savais pas avant ce coup de téléphone-là. 

Elle avait laissé s’accumuler un inconfort grandissant depuis plusieurs semaines, sans m’en parler pour qu’on puisse trouver des solutions. Elle s’était sur-adaptée. La pression était montée (une pression très certainement aggravée par d’autres situations/pressions dans sa vie). Jusqu’au point de rupture. Son système nerveux tombant alors dans ce fameux mode « survie » que je mentionne plus haut.

De victime de la situation, cette personne était ainsi passée en mode « attaque » (ou persécuteur / bourreau pour ceux d’entre-vous qui sont familiers avec la dynamique du triangle victime-sauveur-persecuteur de Karpman). Pour elle, j’étais probablement LA personne responsable de sa situation, c’était donc à moi d’en assumer toutes les conséquences et de servir de réceptacle à son trop plein d’émotions.

L’attaque, c’était son moyen à elle de retrouver l’intégrité qu’elle avait perdue ces semaines passées. Un moyen pour, de nouveau, respecter les besoins et limites qu’elle n’avait finalement pas écoutés.

Alors pourquoi ne s’était-elle pas écoutée dès le départ ?

De nombreux facteurs affectent notre capacité à véritablement nous écouter et nous respecter…

Parfois on n’a tout simplement pas conscience de nos véritables besoins ou limites. Il peut aussi être difficile de les reconnaitre, les accepter, les assumer ou les exprimer (surtout si on a grandi dans un environnement qui nous a nié notre droit d’exister, d’être différent, d’exprimer notre vérité ou d’occuper notre juste place). Ou bien, peut-être n’a-t-on pas les ressources, ni les outils, pour les exprimer de manière constructive, tout simplement…

Nous vivons dans une société où l’idée de prendre soin de soi (et donc de ses besoins, limites ou envies) est encore souvent perçue comme un acte « égoïste », alors que bien au contraire, c’est un acte RESPONSABLE, individuellement ET collectivement.

Si cette personne s’était vraiment, profondément, écoutée, alors peut-être ne se serait-elle pas engagée – dès le départ – dans cette situation qui nous reliait. Elle aurait senti que ce n’était pas aligné ou pas le moment de s’engager. Ou bien aurait-elle exprimé ses besoins et limites plus tôt, à partir d’un espace assumé, serein et souverain. Des solutions adaptées auraient été mises en lumière. Le conflit n’aurait pas émergé ou bien aurait été constructif. La relation aurait été préservée, voire aurait été fortifiée.

Facile à dire, beaucoup moins à faire. Car s’écouter profondément n’est pas quelque chose qu’on apprend à l’école, bien au contraire.

On apprend plutôt à se suradapter à des systèmes, des croyances, des conventions sociales, familiales ou culturelles. On doit rentrer dans des cases et faire taire ces parties de nous qui crient « j’existe ! », mais à qui on coupe l’air.

Le comportement de cette personne, je l’ai moi-même vécu dans ma chair une très très grande partie de ma vie. La suradaptation, c’était pour moi comme un deuxième prénom. Et c’est encore, aujourd’hui, une vigilance de tous les jours. Je suis littéralement « câblée » pour être très sensible aux besoins et aux émotions des autres. Une ressource magique dans mes accompagnements, mais un gros point de vigilance, car il m’est ainsi extrêmement facile de m’oublier. C’est – sans aucun doute – pour ça que l’écoute de soi est un sujet central dans ce que je transmets.

S’écouter – profondément – est finalement un des actes les plus altruistes qu’on puisse faire, SURTOUT DANS LE CONTEXTE MONDIAL ACTUEL !

Dans un monde où tout semble partir en cacahuète, où nous sommes bombardés d’informations alarmantes et anxiogènes AU QUOTIDIEN sur le contexte politique, social, culturel, économique et environnemental… notre système nerveux, lui, est en surchauffe.

Chacune de ces situations EST une menace à notre survie du point de vue de notre système nerveux.

La plupart d’entre nous sommes ainsi, par défaut, en mode « survie » face à tout cela. AU QUOTIDIEN. Un état de stress, d’anxiété et de réactivité plus ou moins intense selon notre sensibilité, notre focus et la fréquence à laquelle nous nous exposons à ces news accablantes (qui la plupart du temps laissent derrière elles un sentiment d’impuissance écrasant).

Cela, sans compter ce que nous traversons tous, individuellement !

Car si le chaos extérieur se fait grandement ressentir aujourd’hui, un chaos intérieur est lui aussi en cours. Nous traversons une grande période de transition vers de nouveaux systèmes et modes de fonctionnements. Cette transformation s’accompagne inévitablement d’une profonde transformation intérieure. Nous ne pouvons plus fonctionner de la même façon qu’avant.

Nous ouvrons les yeux sur le monde, mais aussi sur nos propres vies. Ce qui « passait » hier, n’est plus acceptable aujourd’hui…

Le chaos extérieur et ses limitations nous met ainsi face à nos propres limitations. Non pour nous accabler, mais pour nous libérer et nous faire passer au prochain niveau d’expression de qui l’on est.

Le mode survie dans lequel nous nous trouvons est un vrai défi, car c’est lui qui nous amène à démarrer au quart de tour face à la moindre contrariété.

C’est lui qui nous amène à exprimer nos besoins et nos limites de manière inconsciente et explosive, plutôt que consciente et constructive.

C’est lui qui nous amène à oublier nos envies : ce qui nous met en joie et en vie ! Chose tellement fondamentale, mais peut-être perçue comme un luxe qu’on ne peut se permettre aujourd’hui…

D’où l’importance et la nécessité, dans le contexte actuel, de revenir en son centre.

Comment ?

D’abord en s’écoutant profondément. 

C’est le moment.

Car lorsque je m’écoute vraiment, je prends soin de mes besoins, limites ou envies.
Lorsque je prends soin de mes besoins, limites ou envies, je prends soin de mon système nerveux. Littéralement. Physiquement.
Lorsque je prends soin de mon système nerveux, je sors du mode survie et des comportements d’attaque, de fuite ou de paralysie. Je m’apaise, je ressens des émotions agréables, je deviens beaucoup plus créatif et épanoui…

Je peux alors, aussi, prendre ma juste part de responsabilité dans ce qui se joue dans ma vie. On sort de la dynamique victime/sauveur/persecuteur. On rompt ce cercle vicieux qui nous embarque, bien souvent malgré nous, dans l’expérience de faire payer à l’autre notre propre malêtre.   

Là encore, facile à dire, beaucoup moins à faire. Face au comportement de cette personne, j’ai pour ma part spontanément adopté la posture de la victime :  » c’est trop injuste ! » a braillé ce personnage intérieur qui m’est si familier (cf. cet article « Caliméro sors de ce corps ! »). Puis c’est le persécuteur qui s’est manifesté : cette part de moi qui voulait montrer à cette personne l’impact de son comportement sur moi et lui mettre le nez dans ses projections et propres responsabilités. J’étais focalisée sur moi et le fait de retrouver MON intégrité, en faisant d’elle la personne « malveillante et inconsciente » plutôt qu’en assumant, simplement, mes besoins, mes limites et ma juste part de responsabilité dans ce qui se passait. C’est tellement – TELLEMENT – facile de se laisser embarquer dans la dynamique du triangle dramatique victime/sauveur/persecuteur ! Il m’a fallu plusieurs jours pour en sortir et adopter une posture beaucoup plus intègre et responsable, autant vis à vis de moi que d’elle.

Oui, s’écouter, profondément, est un acte RESPONSABLE, autant pour soi que pour les autres. 

Lorsque je m’écoute vraiment, je n’ai plus besoin de batailler. Que ce soit à l’intérieur, ou à l’extérieur de moi.
Je peux observer ce qui se passe autour de moi d’un espace intérieur beaucoup plus ancré. J’assume et j’exprime mes besoins et mes limites d’une manière consciente et beaucoup plus constructive. Je prends alors soin de moi ET des relations autour de moi, puisque je rayonne une toute autre présence, une toute autre énergie.

L’idée ici n’est pas de tomber dans des injonctions de toujours s’écouter, ni ne jamais tomber dans le mode « survie ». Ce serait comme se donner l’objectif de ne jamais avoir de pensées lorsqu’on médite… C’est tout simplement impossible. Nous sommes « câblés » avec ce système nerveux qui va, par défaut, activer ces comportements de survie.

Il ne s’agit PAS de ne jamais tomber dedans, mais d’y rester de moins en moins longtemps…

Nous ne sommes pas juste un « système-nerveux-orienté-survie » sur pattes. Nous avons à notre disposition  de nombreuses autres facettes, dont une sagesse intérieure qui elle, est capable de prendre de la hauteur.

C’est cette sagesse intérieure qui est en train de monter en puissance aujourd’hui. Celle qui va nous permettre de vraiment prendre soin de nous et des êtres autour de nous, pendant cette étape – temporaire – de chaos extérieur.

Prendre soin de ses besoins et de son propre bien-être aujourd’hui, n’est plus un « truc qui serait sympa »… C’est une NÉCESSITÉ. 

C’est préserver sa petite lumière intérieure et alors rayonner quelque chose de beaucoup plus vertueux, à l’extérieur.

C’est la première fois que vous tombez sur un de mes articles ? Je suis Christelle Lauret, coach thérapeute, conférencière et auteure du livre « Les Petites Voix : quand l’intuition toque à la porte d’un cerveau rationnel« .

Ma mission : être une activatrice d’intuition pour les accompagnants et leaders de changement, pour prendre des décisions puissantes, impactantes dans le monde ET profondément alignées intérieurement.

Mes prochains événements :

Inscris-toi à ma Newsletter et reçois ton coffret offert Soul Connection !

Inscription Réussie !